29/01/2012

A propos de la grève générale en Belgique de ce lundi 30 janvier 2012

Mesdames, Messieurs les journalistes,

La manière dont vous, les médias, présentez à la population la grève de lundi n’est pas digne de votre vocation de journaliste ; vous trahissez la responsabilité qui est la vôtre dans le décodage et la transmission de l’information. Il n’y a chez vous, ni analyse de fond, ni explications sur l’origine profonde de la crise actuelle du système financier.

Une enquête digne de ce nom vous aurait fait découvrir rapidement que la dette monstrueuse que l’on demande aux peuples de rembourser, la cause de cette austérité qui provoque cette grève générale qui aura lieu lundi, cette dette enfin, NOUS N’EN SOMMES PAS RESPONSABLES. Elle nous a été imposée par un système financier dévoyé dirigé par une minorité d’acteurs internationaux qui se jouent des lois, et qui ont la possibilité de faire payer les montants astronomiques qu’ils ont perdus en jouant au casino, à une population mondiale sans défense.

Vous vous contentez plutôt de présenter ce mouvement social comme la énième manifestation de mauvaise humeur de travailleurs, ou de relayer un discours culpabilisant, comme quoi la population aurait vécu au-dessus de ses moyens. C’est FAUX ! La vérité est qu’ils ont vécu au-dessus de NOS moyens, jouant avec l’argent et la vie de millions (voire de milliards) de personnes. Et moins il sera donné l’occasion à cette population de montrer qu’elle n’est pas d’accord avec cette situation – si ces problèmes ne sont pas analysés de manière factuelle, professionnelle, juste – plus ces irresponsables se sentiront justifiés dans leur attitude, et continueront à faire payer aux autres leur crise, et celles qui viendront après.

Si vous refusez de jouer le rôle de contrepouvoir qui est le vôtre, PAS NÉCESSAIREMENT FACE AU POLITIQUE comme vous en avez l’habitude, vous porterez la responsabilité finale de la destruction du modèle social qui a mis des centaines d’années à émerger, le résultat de combats incessants pour lutter contre la barbarie, ces luttes qui ont placé l’être humain avant l’argent.

Il ne vous est pas demandé davantage que d’approfondir le débat. Interrogez des personnes ayant une vue neutre, ou en tout cas qui se situent en-dehors des milieux financiers ou bancaires qui, de leur côté, ne cherchent qu’à promouvoir l’idéologie correspondant le mieux à leurs intérêts. Lesquels sont bien sûr en totale contradiction avec ceux des représentants les plus fragiles de la société.

Chacun sait que les inégalités se creusent et pourtant, vous vous désintéressez des raisons profondes d’une telle évolution. Ah ! pour des journalistes, vous n’êtes vraiment pas très curieux ! Pourquoi ne pas prendre exemple plutôt (il y en a d’autres heureusement) sur M. Paul Jorion, à la fois anthropologue – ce qui lui permet d’adopter une certaine hauteur de vue ainsi qu’une rigueur scientifique que les politiques ou les financiers peuvent se permettre d’ignorer – et aussi économiste ayant évolué au cœur de la crise des subprimes – ce qui lui permet cette fois d’avoir une compréhension globale des mécanismes en jeu dans le contexte actuel ?

D’où vient la dette ? Par quel mécanisme a-t-elle été transférée du privé vers les États, et pour quelle raison précise nous est-il demandé, à nous in fine, de la rembourser ?

Cette dette n’est PAS UNE FATALITÉ, et la présenter comme telle est une grave erreur.

Cette grève n’est pas une grève comme les autres : elle préfigure le combat de société qui va se jouer bientôt à une autre échelle, entre les peuples et un petit monde qui réclame l’argent qu’il a perdu, et ceci, quel que soit le prix à payer par ceux-là.

Avec mes sincères salutations,

Érik Lambot

15:46 Écrit par les moraliens 1030 dans Madame Petit | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.