13/02/2012

ULB, place des Martyrs (extraits)

Quelques extraits tirés du blog de François De Smet. Pour l'article dans son entièreté, rendez-vous sur: http://francoisdesmet.wordpress.com/2012/02/12/ulb-place-des-martyrs/

... oui, ce qui s’est produit est tragique... parce c’est l’intelligence qui a cédé devant la colère et la médiocrité d’une pensée paranoïaque de repli. ...

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... J’ai vu une quarantaine de personnes parvenir à mettre en échec une Université par un simple chahut planifié. J’ai vu une organisation universitaire, bien que prévenue, se trouver désarçonnée et dépassée. J’ai vu un public, dans lequel je me range, ne parvenant pas à trouver la juste réaction. Et pire que tout, j’ai assisté au triomphe de la force brute sur le débat démocratique. Il faut avoir été là pour le comprendre et en saisir le frisson : il y avait dans ces cris sans fond quelque chose de l’appel de la meute, de la foule aveugle, celle qui cristallise sa colère et sa frustration vers une cible qu’on lui  désigne. C’est cela qui fait froid dans le dos.

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... la polarisation que l’on nous sert entre fondamentalistes musulmans et défenseurs de la liberté d’expression est un raccourci tronqué.

... j’ai eu fortement l’impression qu’il n’y avait pas de fond du tout, juste de la colère et de la frustration organisée, alimentée par des « soldats » recrutés par la carence d’une identité en perpétuelle recherche et en colère contre une société qui ne leur donne pas de place. C’est pour ça que le débat ne pouvait que s’interrompre, et non se poursuivre avec les agitateurs. ... en leur demandant leurs arguments, alors qu’ils n’en avaient aucun à offrir.

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Il convient naturellement de distinguer deux choses : les discriminations basées sur l’identité religieuse ou philosophique d’une part, et le droit au blasphème, verrou de notre liberté de penser d’autre part. ... Le droit au blasphème, à la critique légitime d’une religion, doit être non seulement garanti mais protégé. La question de la critique du culte musulman, comme celle de tous les autres cultes et mouvement de pensées, ne relève pas du racisme. Il est vital de pouvoir continuer à critiquer toute religion et tout courant de pensée, librement, sans avoir à se faire taxer d’une forme larvée de racisme ou d’une autre. Le débat sur cette question semble être une querelle d’étiquette ; si on admet qu’il puisse exister une discrimination sur base de l’appartenance religieuse, tel l’islam par exemple, qui se distingue de la critique – voire de l’insulte – à l’islam lui-même, un gros progrès de compréhension mutuelle aura été accompli. Parler d’ « islamophobie » ou de « musulmanophobie », est une question de contenant, non de contenu.

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ce n’est pas parce que des musulmans sont effectivement discriminés en raison de leur religion (ex : un employeur qui refuse d’employer un musulman simplement parce que musulman) qu’il est légitime que tous les particularismes d’une religion s’imposent dans l’espace public. Aucune liberté, absolument aucune, n’est absolue en démocratie ; c’est même la définition de la démocratie libérale que celle de la coexistence des libertés, donc de leur auto-limitation. Il peut être légitime de restreindre les droits d’expression et de culte des individus en raison d’un principe supérieur – l’ordre public, la sécurité, la cohésion sociale. En clair, et sans trop s’étendre là-dessus ici : on peut interdire un foulard ou une burqa quelque part sans être raciste ou islamophobe. ...

... En d’autres termes, si tout ce qui est laïc est suspect d’être anti-religieux, on n’est pas sortis de l’auberge car tout ce qui représente notre modernité pourra être vu comme suspect d’une manière ou l’autre. Le problème est que ce carrousel identitaire renforce les craintes de part et d’autre ... C’est toujours la même recette, celle qui vous fait exister par le truchement d’un ennemi qui veut vous annihiler ou vous assimiler. Et elle ne peut s’arrêter que si les acteurs décident par eux-mêmes de s’élever au-dessus de ce jeu de rôle par lequel ils trouvent du sens à leur vie, en se rêvant non les porte-drapeaux d’un combat mais bien les rassembleurs du bien commun.

... Le repli paranoïaque est hermétique à l’idée qu’un vivre-ensemble laïc puisse être non-agressif vis-à-vis du religieux – car il lui faut un ennemi, toujours. Et donc il est essentiel de délégitimer son adversaire, de montrer qu’il (elle en l’occurence) est à la solde d’intérêts particuliers. Cette conception ne peut donc accepter le jeu du débat contradictoire, et se retrouve forcée d’utiliser le rapport de force. ...

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16:12 Écrit par les moraliens 1030 dans Madame Petit | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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