26/04/2013

Le cours de religion, un dogme à préserver ?

 

Quelle mouche a donc piqué la ministre de l’Enseignement obligatoire ? Sa stupéfiante sortie médiatique de ce mercredi 17 avril à propos d’un « vrai cours de morale » ouvre un champ de spéculation et d’interrogation pour le moins inattendu.

 

 

 

Sur base d’une interprétation toute personnelle – et largement biaisée – d’un rapport de trois constitutionnalistes consultés dans le cadre des auditions du Parlement de la Communauté française sur l’avenir des cours philosophiques (entendez religions + morale), elle réclame la mise en place d’un « cours de morale neutre ». En effet, le cours de morale actuellement dispensé dans l’enseignement officiel serait un cours de « laïcité engagée ». Faudra-t-il solliciter des sémiologues et de fins linguistes pour décoder le message des constitutionnalistes ? Dans les articles de presse qui relatent cette ahurissante proposition, pas un mot n’explique en quoi le cours de morale enseigne la « laïcité engagée » ni même – et surtout - de quoi il s’agit exactement. Idem pour la « morale neutre », concept assez éloigné des notions connues à ce jour.

 

 

 

Les constitutionnalistes ne disent, en réalité, pas exactement les propos qui leur sont prêtés. Certes, une note très fouillée de l’un d’entre eux (Marc Uyttendaele) intitulée « Liberté, neutralité, impossibilité » et présentée au Parlement, acte ceci (article 19, titre 5) :

 

Les décrets de la Communauté française sur la neutralité donnent, nous semble-t-il, une indication sur la réalité de ce qu’est le cours de morale non confessionnelle. En effet, le législateur traite différemment les titulaires de cours généraux et les titulaires de cours de religion ou de morale non confessionnelle. En effet, les premiers sont astreints à respecter un certain nombre de comportements garantissant le respect de la neutralité alors que les autres – et donc les titulaires du cours de morale - doivent simplement s’abstenir de « dénigrer les positions exprimées dans les cours parallèles ». Ceci suffit à démontrer que le cours de morale peut avoir une dimension engagée, fut-ce au sens le plus noble du terme, et qu’il n’a pas le caractère résiduel d’un cours de « morale neutre ».

 

 

 

Une lecture rapide de ce passage de 121 mots extrait des 10.304 que compte la note, pourrait laisser croire à une iniquité, mais c’est un leurre. Car le cours de morale ne peut pas devenir neutre : il l’est déjà. En effet, étant organisé sous l’égide de la Communauté française, il tombe d’office sous le coup de la règle de neutralité. Il ne peut donc en aucune façon être taxé de militantisme.

 

 

 

On notera d’ailleurs avec ironie qu’alors que les organisations laïques, le CAL en tête, réclament régulièrement l’instauration d’un cours de « morale laïque », on leur objecte inlassablement que la Constitution mentionne un cours de morale non confessionnelle. C’est ainsi qu’aux yeux du Pacte scolaire de 1959, ce cours est devenu le lieu d’accueil de tous les élèves dont les parents ne se reconnaissent dans aucune religion – et subséquemment, le premier lieu d’ouverture à l’esprit critique et au rassemblement des idées.

 

 

 

Les trois constitutionnalistes rappellent par ailleurs fort à propos que rendre les cours philosophiques obligatoires est contraire à l’article 2 du premier protocole à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

 

 

 

Que cherche la ministre en rallumant brutalement la guerre scolaire ? Quelle stratégie la pousse à discréditer publiquement un cours de morale donné sous les auspices de l’inspection des services dont elle a la charge, à l’inverse, précisément, de tous les cours de religion ? La seule réponse possible est la suivante : Madame Simonet veut à tout prix sauver son projet de « tronc commun » et prend ouvertement le parti de défendre les vieux piliers confessionnels qui séparent les élèves dès la première primaire en fonction de leur appartenance supposée à un « clan philosophique ». Dans l’océan de prosélytisme religieux que nous connaissons, dont les effets désastreux s’étalent jour après jour dans la presse, est-ce cela qu’on nous propose ? Nous n’osons pas l’imaginer tant ce serait irresponsable. Peut-on à la fois se plaindre de la montée des communautarismes et les entretenir au sein même de notre enseignement ?

 

 

 

Au nom de toutes les organisations laïques, de défense de l’enseignement officiel et du cours de morale, le CAL demande instamment :

 

·         Dans un premier temps, la suppression du caractère obligatoire des cours dits « philosophiques »

 

·         Dans un deuxième temps, l’instauration d’un cours unique, rassemblant l’ensemble des élèves et abordant le questionnement philosophique, la citoyenneté et le fait religieux

 

·         Enfin, que soit étudié, puisqu’on en est là et dans la même logique, la fusion des réseaux afin d’en finir, une fois pour toute, avec une guerre scolaire d’un autre âge ; pour le plus grand bien d’un enseignement de qualité et égalitaire pour tous les enfants.

 

 

 

Yves Kengen

 

Directeur des publications

 

Rédacteur en Chef Espace de Libertés

 

Centre d’Action Laïque ASBL

 


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16:09 Écrit par les moraliens 1030 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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